Méditation pour le 23ème dimanche ordinaire

                                                                     « Si ton frère commet un péché...»


Dans l'Evangile de ce dimanche nous lisons : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère ». Jésus parle de n'importe quel type de péché ; pas seulement du péché commis contre nous. Dans ce cas, en effet, il est pratiquement impossible de savoir si ce qui nous pousse, c'est le zèle pour la vérité, ou notre amour propre blessé. Ce serait en tout cas davantage de l'autodéfense que de la correction fraternelle. Lorsque la faute est commise contre nous, le premier devoir n'est pas la correction mais le pardon.


Pourquoi Jésus dit-il : « Va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute » ? Tout d'abord par égard pour la réputation de ton frère, pour sa dignité. Le pire serait de vouloir corriger un mari en présence de sa femme ou une femme en présence de son mari, un père devant ses enfants, un maître devant ses élèves, ou un supérieur devant ceux qui dépendent de lui. C'est-à-dire en présence des personnes dont on tient particulièrement au respect et à l'estime. La chose se transforme immédiatement en procès public. Ce sera bien difficile pour la personne d'accepter la correction de bon gré. Il en va de sa dignité.


Il dit « seul à seul » aussi pour donner à la personne la possibilité de se défendre et d'expliquer son action en toute liberté. Très souvent en effet, ce qui peut apparaître comme une faute à un observateur extérieur, ne l'est pas dans les intentions de celui qui l'a commise. Une explication franche dissipe beaucoup de malentendus. Mais cela n'est plus possible lorsque les faits sont portés à la connaissance de plusieurs.


Lorsque, pour différentes raisons, il n'est pas possible de corriger fraternellement, seul à seul, la personne qui a commis la faute, il y a une chose qu'il faut absolument éviter de faire à sa place, c'est divulguer inutilement la faute de ce frère, parler mal de lui, voire même le calomnier, en faisant comme si ce qui n'est pas prouvé l'était, ou en exagérant sa faute. « Ne médisez pas les uns des autres », dit l'Ecriture. Ce n'est pas parce qu'on désigne maintenant le « bavardage » par un autre terme, celui de « gossip » (1) qu'il devient une chose moins laide et moins déplorable.


Un jour, une femme alla se confesser auprès de saint Philippe Neri, s'accusant d'avoir mal parlé de quelques personnes. Le saint lui donna l'absolution mais également une étrange pénitence. Il lui demanda de rentrer chez elle, de prendre une poule et de revenir le voir, en la plumant soigneusement tout le long du chemin. Lorsqu'elle fut de retour devant lui, il lui dit : « Maintenant rentre chez toi et ramasse une à une les plumes que tu as laissé tomber en venant ici ». La femme lui fit observer que cela était impossible : le vent les avait sûrement dispersées un peu partout depuis. Mais c'est précisément là que l'attendait saint Philippe Neri. « Tu vois, lui dit-il, de même qu'il est impossible de ramasser les plumes une fois dispersées par le vent, il est impossible de retirer des commérages et des calomnies une fois qu'ils ont été prononcés ».


Lorsque vous voyez que l'on fait une observation à une personne et que vous l'entendez répondre avec simplicité : « Tu as raison, merci de me l'avoir fait remarquer ! », vous pouvez exprimer votre respect, vous êtes devant un vrai homme ou une vraie femme. Il faudrait toujours lire l'enseignement du Christ sur la correction fraternelle en même temps que ce qu'il dit à une autre occasion : « Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! Comment peux-tu dire à ton frère : ‘frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil', toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? »